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Gérard Pailheiret
Sommet des Collets
05120 Argentière la Bessée
-FRANCE-
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Les conseils des pros

Ces fiches pédagogiques émanent du tirage d'articles de la revue Montagnes Magazine édité lors du rassemblement International des Glaciairistes de l'Argentière la Bessée. Devant la demande des grimpeurs de pouvoirs bénéficier de documents techniques pour parfaire leurs connaissances, il m'est apparu utile de les communiquer sur le Ice-fall.com. J'espère qu'elles répondront à votre attente. D'autres viendrontrégulièrement. Vous pouvez puiser d'autres informations également sur le site www.petzl.com
Conseils

"Une certaine culture de la glace"
 

Les 10 commandements du parfait glaciairiste
Prudence, et modestie.
Estimation de ses capacités personnelles et de sa technique. De ses capacités du jour.
Savoir en garder sous le pied et dans les bras (les brochages sont pénibles !).
Bannir la fuite en avant, bien se protéger régulièrement.
Anticipation. Anticiper les points d'assurage et les difficultés.
Tous les sens aux aguets savoir regarder, écouter, sentir, comprendre. Savoir renoncer. . .
Gérer ses efforts.
Rester courtois avec les autres cordées, s'entraider.
Bonne connaissance de la haute montagne hivernale, de la neige et des techniques de cascade
Autonomie en terrain d'aventure, ascension pouvant se dérouler dans des vallons parfois très isolés.
 

Les idées fausses
Celui qui met le moins de broches est le plus fort !
Il vaut mieux voler que de se reposer sur une broche !
Le libre à tous prix !
Avec les chocs absorbeurs et les nouvelles broches on peu voler, on ne risque rien !
Ce matin il fait -15 il n'y a aucun risque, c'est béton !
La cascade est tracée, il n'y a aucun risque !

CONSEILS DE SECURITE des unités du secours en montagne (CRS & PGHM)
Lors des approches exposées ne pas hésiter à chausser les crampons dans des zones où la glace apparaît ou lorsque la neige est dure.
Pour s'équiper, se décaler du pied de la cascade et se mettre à l'abri.
Ne pas s'engager à plusieurs cordées dans une cascade sinon, se décaler mais toujours rester vigilant.
Aux relais relier les broches entre elles (Relais multi directionnel) et assurer directement son leader sur soi. Ne pas utiliser le relais comme point de renvoie. Préférer une broche juste au dessus avec un absorbeur de choc.  Mousquetonner qu'un seul brin de corde, afin de réduire la force de choc en cas de chute.
Décaler les relais de la ligne de progression et l'installer dans un emplacement protégé (des chutes de glace ou de pierre).
La fuite en avant en glace est à proscrire. Ne pas aborder la glace comme l'escalade en falaise. La montagne comme la cascade sont des terrains d'aventures. En montagne vous ne volez pas, il en est de même en glace. Lorsque vous grimpez en glace vous avez des piolets aux mains qui piquent, des crampons acérés aux pieds, des broches très pointues autour du corps, ce sont de précieux alliées qui peuvent se retourner contre vous en cas de chute.
Même dans les endroits faciles, ne pas hésiter à brocher pour assurer sa protection.
Penser à protéger  les traversées pour sécuriser l'escalade du second de cordée, rappelez vous que la moindre glissade avec crampons aux pieds peut vite devenir dangereuse.
Lors de la descente en rappel, attention aux cordes gelées. Une corde humide file très vite entre les gants, pensez à mettre un autobloquant.
En cascade, il faut rester humble.
Pour les descentes se renseigner et ne pas hésiter à tirer des rappels en mains courantes dans des zones avalancheuses ou faciles (torrent gelé), prévoir de quoi faire des lunules (cordelettes, couteau, crochet "Abalakof"). Ne pas hésiter à renforcer les relais, retaper les pitons chaque fois avant vous y vacher, remplacer les sangles décolorées. . .
Dans les zones paraissant facile, la glace peut être sous jacente à la neige,  un bloc de glace venu du haut peut vous heurter et c'est souvent dans ses parties faciles que l'accident peut survenir.
Une plaque de glace est un plan de glissement idéal pour une accumulation de neige.
Une cascade est formée sous un bassin d'écoulement des eaux, c'est également le bassin d'écoulement des avalanches !
Attention au soleil qui peut taper sur les pentes supérieures de la cascade durant la journée et faire partir des coulées de neige ou dans certains secteurs comme a la Grave des free rider !
 

ASSURAGE
Bien se protéger régulièrement même si c'est facile.
Bétonner les relais (minimum deux bonnes broches), les décaler par rapport à l'axe de progression de la longueur suivante pour ne pas se faire lapider par les glaçons du leader. Ne jamais faire de relais sur les piolets.
La difficulté première dans la progression est la gestion des points de protection. Mettre la bonne broche au bon endroit, ne pas attendre d'être en difficulté ou sur une glace pourrie pour se protéger. Penser à limiter le tirage des cordes, on peut utiliser les points naturels : arbres, blocs de rochers enchâssés dans la glace,  colonnes (20 à 30 cm minimum de diamètre de bonne consistance).
Dans le terrain mixte ou en bordure de cascade penser à utiliser le matériel de protection de rocher (pitons, coinceurs).
On est en terrain d'aventure et l'on doit mousquetonner qu'un brin de corde en alternance dans chaque dégaine (sauf pour les cordes jumelées, où l'on mousquetonne les 2 brins). Ceci permet de diminuer la force de choc donc de moins vous faire sécher en cas de vol, de moins solliciter les broches à l'arrachement et d'éviter le tirage. Pour améliorer la fluidité de la corde, il est possible de mousquetonner le même brin dans deux broches successives, de rajouter des sangles.
Attention : si vous grimpez à trois en flèche, dans les traversées, penser à l'assurance des deux "seconds". Il faut faire le choix entre mousquetonner les deux brins, pour bien assurer les seconds ou être mieux protégé en mousquetonnant qu'un brin !
Les absorbeurs de choc permettent d'améliorer de manière significative la résistance des broches à l'arrachement. En mettre en priorité sur la première broche au dessus du relais puis sur les broches douteuses et dans les passages difficiles. L'idéal étant d'en mettre sur tous les points !
 

DIFFICULTE
Elle peut changer en fonction de la qualité, de la dureté de la glace, de son épaisseur. La difficulté peut augmenter s'il les passages sont recouvert de neige. Elle peut varier d'un jour à l'autre.
Si vous êtes le premier à passer, il faut nettoyer les passages ce qui demandent plus d'énergie. Un passage nettoyé ou pas peut changer la difficulté d'un degré. Il est conseillé au néophyte de faire ses premiers pas sur des sites ou les cascades sont régulièrement grimpées et avec une température proche de zéro.
La difficulté donnée dans les topos et simplement une idée approximative, mais elle peut prendre ou perdre un degré en fonction de la qualité de la glace.
La cascade de glace ne doit pas être abordée avec le même état d'esprit que l'escalade en falaise. On n'est loin de terrain aseptisé. Même si la plus part des sites sont situés en moyenne montagne, il s'agit de terrains d'aventures en condition hivernale avec beaucoup d'aléas quant aux risques d'avalanches, qu'il faut bien appréhender, à l'isolement, aux accès longs, aux descentes hypothétiques et à la qualité de la glace qui peut changer d'heure en heure ! L'hiver les journées sont très courtes et un rappel gelé, les amarrages que l'on s'exténue à chercher sous la neige, les traces de chamois de la semaine passée qui sont effacées et qui devaient nous montrer la bonne vire de descente risque de nous obliger à un bivouac des plus inconfortable avec une température loin sous zéro ! Le portable qui ne passe pas, les batteries qui sont a plat avec le froid . . .  l'hiver tout prend une autre dimension, une autre démesure. Il faut toujours prévoir une très grande autonomie.
 

EN CAS D'ACCIDENT
En cas de dévissage, toujours suspecter un traumatisme de la colonne, de la tête, des hémorragies internes (mal au ventre?), externes.
Prévoir une couverture de survie par personne et éventuellement des chaufferettes au fond du sac pour prévenir un éventuel risque d'hypothermie.
Attention aux risques d'hypothermie consécutifs à un accident.
Ayez toujours sur vous les numéros des secours locaux CRS / PGHM, pompiers (18) ou le 112 (N° International). Vérifier que votre portable passe.
 

ASCENSION
Savoir renoncer. Changer d'objectif s'il y a d'autres cordées engagées sur le même itinéraire ou bien se décaler : Exemple : un glaçon de 50 cm qui chute de 100 m peut balayer le pied de la cascade sur 30 m !
Repérer les difficultés (passages délicats pour anticiper les protections ou contourner le passage).
Anticiper les protections (point de renvoie au départ du relais), préparer son matériel au pied de la longueur en conséquence, l'organiser chronologiquement sur son porte matériel). Les pitons/coinceurs ne vous seront utiles que s'il y a du rocher dans la longueur ! ! !
 

LES GESTES TECHNIQUES
Piolets
Position de l'avant bras, le geste de frappe
Les piolets sont écartes de 40 cm max de la largeur des épaules
Les piolets sont plantés dans l'axe du corps entre l'axe des jambes pour un bon équilibre.

Le geste : fermeté et précision dans le poignet. Au moment de la frappe, il faut lâcher le coup (imaginez que la lame va traverser la glace afin de ne pas retenir votre coup !). Avant de planter, et pour augmenter la précision, il est conseillé de poser la lame à l'endroit choisit. Cela permet une meilleure concentration et une meilleure précision, donc un planté du premier coup.
La main la plus basse possible sur le manche (le petit doigt doigt s'appuyer sur l'ergot du manche). La position de la main sur le manche est primordiale, celle-ci doit être la plus basse possible pour gagner en inertie Imaginez-vous planter un clou en tenant le marteau par le milieu du manche.
L'articulation du poignet  doit être rigide sur la plan latéral mais très souple d'avant en arrière. Le piolet doit pouvoir jouer dans le creux de la main pour utiliser son inertie et éviter les crispations fatigantes.
Dans l'armement du bras, la tête du piolet doit a peine dépasser l'arrière des épaules.
La lame doit percuter la glace perpendiculairement et fermement. Comme au tennis, pensez à lâcher le coup. Ne pas le retenir.
Une fois le piolet bien planté la main doit se relâcher sur le manche et même légèrement s'entrouvrir sans lâcher complètement celui ci. Elle est soit bloquée par l'ergot du bas du manche (pour les adeptes du sans dragonne) soit c'est la dragonne qui tient le grimpeur par le poignet (La dragonne doit être bien serrée dans le creux du poignet). Eviter les gants avec une sangle de serrage autour du poignet. Le système de serrage peut blesser le poignet lorsque l'on est en suspension dans la dragonne.
Pour les crochetages, positionnez la lame avec précision, une fois placée, tirez d'un coup bref mais ferme sur le piolet pour faire mordre les dents de la lame (agressif test !) si tout se passe bien pour le premier piolet envisager tout de même un meilleur ancrage pour le second. L'avant bras doit être dans le prolongement du manche, éviter que le piolet ne bouge, le gainage du corps joue un rôle principal. Ne pas monter trop haut par rapport à la tête du piolet. Il est conseillé de rester toujours en dessous de son piolet.
Lorsque l'on a planté son piolet, s'assurer que l'ancrage est bon, qu'il ne c'est pas formé une assiette autour de la lame (bruit caractéristique). Si c'est le cas le, ne pas hésiter à le replanter jusqu'à ce que la lame vibre !

En règle générale, lorsque l'on se redresse sur ces pieds, les mains ne doivent pas être plus haute que les yeux. Si non replanter les piolets plus haut. Il faut préférer être toujours en dessous de ses piolets pour éviter qu'il ne puisse s'arracher. S'il on est plus haut, le blocage bras fléchi devient très dur à tenir et on fatigue très vite. Ne pas tirer trop le manche en arrière.
Désencrage du piolet : Beaucoup de néophytes on beaucoup de mal à désancrer leurs engins. Souvent l'énervement du au bras qui gonfle amène une perte de lucidité !
Regardez la forme de la lame. Elle est galbée et crantée en dessous, affûtée sur le dessus.
Pour sortir la lame de la glace, il faut tout d'abord agrandir verticalement le trou en faisant un mouvement forcé du piolet de bas en haut (et non pas latéralement pour ne pas fragiliser la jonction tête , manche, ou risquer de casser la lame). Ramenez la lame au milieu de ce trou agrandi, et par une poussée vers le haut pour plaquer le dessus de la lame sur le haut du trou, on la retire en effectuant un mouvement en arrondi. Les dents inférieures n'étant plus en contact avec la glace, vous récupérez votre engin en douceur et vous économisez votre énergie. Si vous avez tapé trop fort et que ça ne marche pas vous pouvez, avec la paume de la main taper deux ou trois coups ferme sous la tête du piolet et vous répétez la manip ci-dessus.
Certains affûtages de lame peuvent empêcher un bon désencrage, respecter les dents d'origine.

Astuces : Entraînez vous a ne pas taper trop fort et avec précision votre piolet, il tiendra aussi bien et sa récupération sera d'autant plus aisée. Vous risquerez moins de faire tomber des assiettes ou des blocs de glace sur les copains en dessous ! Evitez les  trous trop marqué ce sont des pièges à lames !
 

Le corps
En forme de tour Eiffel, les bras dans l'axe des épaules et les jambes écartées. Le dos cambré pour plaquer le bassin à la glace (idem que pour l'escalade). Transfert d'un pied sur l'autre en évitant de tirer sur les bras. Au cas ou les ancrages ne soient pas trop bon, éviter de monter trop haut par rapport aux piolets au risque de les voir s'arracher. Vous éviterez les dents cassées, les points de suture ou le vol !

Ce qu'il faut savoir : Ne progresser que lorsque l'on est bien équilibré par rapport à ses points d'appui. Si vous êtes mal équilibré vous aurez du mal à planter votre piolet (énergie dépensée inutilement), si votre piolet est mal planté, vous aurez du mal à bien vous équilibrer. C'est le cercle infernal !
En glace on peut très vite être bien (il suffit souvent de changer un pied de place et tout va mieux) ou au contraire être vite très mal et c'est la panique qui prend le dessus, et on se met à tirer sur des piolets qui ne tiennent pas. . .

Le rythme
Si le passage est facile (relatif à la technicité de chacun) on monte un piolet puis le pied du même coté, puis l'autre piolet et l'autre pied. S'il est difficile un piolet puis le deuxième et ensuite les pieds. Les pieds sont souvent au même niveau mais peuvent être décalés en hauteur. Eviter de faire de grands pas. Ne pas rester trop statiques (pénibles pour les mollets), progresser régulièrement en rythme avec sûreté. Ne pas confondre vitesse et précipitation !

Gérard Pailheiret & Cyrille Copier (guides de montagne)
 

 

 CONSEILS


Bien plus que les glaciers, les couloirs et les goulottes, la cascade de glace, par la variété des reliefs qu'elle possède, colonnes, bossettes, méduses, bulles, ainsi que par la métamorphose constante de sa structure, apporte à la pratique de l'escalade glaciaire une fantaisie et une richesse nouvelles.
Les cascades, formées par le gel de l'eau courante (fonte de névés, torrents, résurgences rocheuses), peuvent se construire en quelques jours.

Le meilleur moment pour  grimper se situe lors d'un réchauffement ambiant modéré car celui-ci donne à la glace une plus grande plasticité et un meilleur amorti des ondes de choc. Dans ce cas, il faudra prendre bien soin de ne pas trop attendre car lors de la fonte, la glace perdra rapidement sa cohésion première.

Si une période de froid survient après ce réchauffement, l'escalade sur glace deviendra fastidieuse, le regel de surface faisant éclater la glace (en"assiettes") sous les coups de piolet.

Le relais c'est-la vie de la cordée. Il doit être :
- Inarrachable
- Fonctionnel
- Confortable
- A l'abri des chutes de glace et coulées de neige
Quelles que soient l'inclinaison de la cascade, la qualité de la glace, et le facteur de chute, un relais ne doit jamais s'arracher.
Quelques conseils techniques :
Observez la structure et les dangers objectifs éventuels avant de vous lancer. 
Evitez de vous engager dans une cascade si une cordée s'y trouve déjà.
Organisez le matériel sur vous avant de démarrer et essayez de bien viser l?endroit où vous allez ancrer un piolet ou poser le crampon.

Ne vous faites jamais bloquer sur une broche et encore moins sur votre piolet par votre camarade (effet de poulie) mais vachez vous dessus si besoin.

Portez un casque si vous voulez vivre longtemps et pensez qu'il vous protège autant des chutes de glace ou de pierres que des chocs durant votre chute.

Entretenez votre matériel et changez souvent vos lames (dès l'usure de la 1ère dent), vous apprécierez la différence.

Rappelez-vous que  la connaissance de cette matière changeante qu'est la glace, la subtile perception des ancrages ainsi que la mise en place correcte des broches nécessitent de l'expérience.

S'il arrive parfois que l'on se sente très seul et très dépourvu de courage lorsque après avoir quitté le relais depuis bien longtemps comptant les broches qui nous restent comme un guerrier compte ses dernières cartouches, l'essentiel pour continuer sera le désir de réussir et la capacité à dominer sa peur.

Ce sont du reste ces moments privilégiés qui nous font prendre conscience de l'incroyable force de caractère qui peut et doit parfois nous animer ...

La verticalité, l'engagement, le côté aléatoire des protections ainsi que l'aspect changeant de la matière, font de la cascade de glace une activité sérieuse et particulière. 

Christophe Moulin (guide de montagne)
 






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